Mémoires émotionnelles : stress et conséquences (I)

Je ne sais pas si cela deviendra l’une de mes « spécialités » en énergétique, par la suite, comme peuvent l’être les mémoires transgénérationnelles et archétypales (Linda Kohanov appelle cela le champ « morphogénétique » d’une espèce et j’aime bien ce terme) mais les mémoires émotionnelles des animaux autres qu’humains (j’abrège en : AH) et particulièrement les mémoires prénatales, ou juste postnatales (disons, jusqu’au sevrage) sont très intéressantes à explorer en soins , parce qu’elles peuvent contenir les clefs de problèmes physiques et psychiques qui apparaissent ensuite dans le développement de l’individu.

Chez les humains, ce que je viens d’énoncer ici peut apparaître comme une évidence : oui, le corps emmagasine les chocs émotionnels (et autres); oui; les cellules ont une mémoire ; oui, les fœtus s’imprègnent d’informations* (positives et/ou négatives.) ; oui, notre vie émotionnelle modifie notre cerveau et notre ADN. La kinésiologie, la gestalt-thérapie, permettent d’évacuer et/ou apprivoiser les nœuds et/ou traumatismes émotionnels liés à cela.

Du côté des AH, il en va tout autrement. On vient à peine de leur reconnaître une sensibilité, voire une intelligence (merci aux éthologues comme Frans de Waal, Vinciane Despret, Jane Goodall ou encore Mark Bekoff pour avoir ouvert les portes… ) Alors, supposer qu’ils** connaissent les mêmes développements que nous …

Pourtant, c’est le cas.

Les conditions dans lesquelles ont été conçus, portés et élevés dans les premières semaines ou les premiers mois de leur existence, les petits d’animaux AH, ont un impact réel sur leur vie.

Et, non, il ne s’agit pas d’anthropomorphisme***. D’ailleurs, j’aimerai bien qu’on se débarrasse une bonne fois pour toutes de cette « peur » qui qui sert surtout à justifier une distance entre « eux » et « nous » au lieu d’essayer de comprendre ce qui nous lie les uns aux autres (cette crainte est en revanche trèèèèès anthropocentrique). Ceci étant posé, je continue.

On rentre dans le vif du sujet ? Chez nous, humains, la PMA opour tou.te.s, c’est génial. Essentiel. Parce que cela signifie que l’enfant à venir est ATTENDU et VOULU. Chez un autre animal, ce n’est pas pas nécessairement le cas. En particulier, quand les femelles servent d’usine à produire des petits en série. Quant aux gestations/grossesse**** à répétition, même « naturelles », ça n’est pas mieux. Et là, je parle d’élevages de chiens, chats, chevaux, NAC destinés globalement à devenir des « animaux de loisir/ compagnie »*****. Tout cela pour souligner que ces conditions prénatales et les premiers mois d’existence de ces « produits » (golden retriever, pur-sang , et autres siamois sont des biens de consommation, aucun risque d’anthropomorphisme, là… hum… ) peut laisser des traces extrêmement profondes en eux : des traces qui modifient leur façon d’être au monde – et d’être tout court. J’ai eu l’occasion de m’occuper de plusieurs animaux AH qui m’ont vraiment fait prendre conscience de cela.

Un chien de race, L., très inquiet en présence d’hommes et considérant la peur des autres comme une source de danger, que ses humains m’ont demandé d’aider. Une première « plongée’ dans la mémoire cellulaire de L. m’a montré des caractéristiques génétiques, accentuant le côté gardien mais aussi chien policier: oui, un individu peut être source de danger quand il est acculé. L. venait d’un élevage dont les gérants n’avaient aucune éthique (il a depuis fermé). Comment être serein quand tu as passé les premiers mois de ton existence dans la terreur des cris, des coups, des aboiements, de la souffrance et de la peur ? . Car les émotions se propagent très rapidement d’une personne à l’autre. Les expressions du genre « peur contagieuse » ou « joie contagieuse » n’existent pas pour rien.

D est un petit poney qui a beaucoup de problèmes de santé : appareil digestif vulnérable, poumons fragiles, défenses immunitaires affaiblies, etc. J’ai été contactée parce que sa situation devenait compliquée, un peu en derniers recours, pour une communication et des soins. L’une des premières choses qu’il m’a dites est : « je n’ai aucun sens » « je ne suis pas à ma place » « ça ne vaut pas la peine de continuer ». En effectuant un scanning de son corps, j’ai senti qu’il n’y avait pas de connexion entre son corps et sa psyché, comme s’il était en perpétuel état de dissociation. Il ne « s’incarnait  » qu’en compagnie d’autre poneys ou de certains humains. Alors, j’ai creusé. Il n’y avait pas d’émotion positive dans ses mémoires cellulaires, avant l’arrivée de son amie bipède dans sa vie. Il y avait de la colère, de la tristesse, un manque de considération pour lui-même tellement ancrées dans ses cellules qu’elles prenaient le pas sur tout le reste (y compris son existence présente, plutôt heureuse). j’ai eu accès à d’autres informations liées à sa vie de poulain, que son humaine m’a confirmées ensuite. j’ai appris qu’il faisait partie de ces « produits » d’élevage intensifs, que sa mère enchaînait les poulains, s’était blessée pendant qu’elle le portait car elle présentait des troubles du comportement et n’avait pas vécu longtemps après sa naissance.

Je ne suis pas vétérinaire. Je n’ai pas la prétention de guérir ce qui ne peut l’être. En revanche, favoriser le terrain énergétique et psychique pour rendre son intégrité et sa combativité à un animal autre qu’humain est dans mes capacités. dans le cas de D., avoir identifié les causes émotionnelles à l’origine de ses difficultés physiques ont aidé.

Dernier exemple, dont je suis juste témoin et/ ou rapporteuse : dans certaines conditions, les mères abandonnent les plus faibles éléments de leur portée, rejettent leur petit.e ou le tuent. Certaines le font parce qu’elles n’ont pas assez de lait. D’autres parce qu’elles n’en veulent pas, point. D’autres, parce que les conditions dans lesquelles ils grandiront ne sont pas bonnes. Et c’est peut-être « juste » de l’instinct. Mais c’est un instinct qui est sacrément… « juste »… Non ?

Ces exemples montrent l’importance qu’il y a à prendre en compte les conditions dans lesquelles grandissent les êtres vivants – quels qu’ils soient.

Dans un autre genre, le sevrage brutal des chevaux, ainsi qu’il est encore trop souvent pratiqué, est extrêmement traumatisant pour le poulain (comme pour la mère). Vous entendrez souvent des gens dire: « au début, ils appellent, puis ils oublient » Non, en fait. Ils n’oublient pas (surtout les chevaux ! il faut être complètement ignorant pour le croire…) : ils se résignent, nuance. Et la souffrance engendrée par la séparation s’inscrit en eux. un cheval qui panique dès qu’il est séparé de ses congénères peut être grégaire, certes; mais il peut aussi être effrayé à l’idée d’être séparé une fois encore de ceux auxquels il est attaché (appelons-cela un réflexe acquis, si vous préférez, ça ne change rien, on a les mêmes…) De même – n’en déplaise à un professionnel du milieu que j’estime cependant beaucoup – un cheval ou un poney qui change de mains, que son cavalier vend – quelles que soient les raisons – le vit mal. Parce qu’il a tissé des liens. parce qu’il ne comprend pas ce qui se passe. Parce qu’il est abandonné. Et, même s’il « recommence à brouter » (selon l’expression de L. Kohanov), passe à autre chose – les chevaux vivent surtout dans le flux du présent-, le choc émotionnel est là. Inscrit dans sa chair. J’ai pris conscience de cela grâce au travail exceptionnel de Johanne Halluin (praticienne en shiatsu pour animaux) sur la question : j’espère qu’elle publiera des articles sur ce thème un jour car il sont d’utilité publique.

En résumé : même si on ne le sait pas, même si on ne l’étudie pas encore de façon claire et explicite aujourd’hui, il y a un énorme impact des conditions physiques et psychiques de conception et de primo-éducation non seulement sur le mental mais également sur le physique des vivants. De même qu’on explique aujourd’hui chez les humains certaines faiblesses physiques ou troubles du comportement en prenant en compte l’histoire émotionnelle de l’individu, il est important de prendre conscience de tout cela, également, quand l’un de nos compagnons autres qu’humains présente des troubles du comportement ou des fragilités physiques.

Je suis convaincue qu’en plus de contribuer à une meilleure connaissance des espèces cette prise en compte peut contribuer à améliorer le bien-être et le comportement des individus – et, dans certains cas, la sécurité des humains qui les côtoient.

*comme le fait de ne pas avoir été VOULUS, par exemple…

** au moins les mammifères, mais je suppose que les oiseaux couvés dans le stress de batteries et les alevins d’élevage ne sont pas mieux lotis…

*** qui signifie littéralement « donner une forme humaine », et non « donner des sentiments/ des émotions »… (humaines ?)

**** j’écrirai un jour un article sur la désignation, l’utilisation des mots pour différencier, classer, éloigner, promis)

***** des associations comme L214 ou 30 millions d’amis parlent bien mieux que moi d’autres types d’élevage.