C’est un chouette titre, non ? Il a une bonne raison d’être. Ces derniers mois, j’ai fait une énorme pause dans mon activité de communicatrice animalière. D’abord, parce que j’ai effectué plusieurs formations (liens sur la page bibliographie pour celleux que cela intéresse) et un gros travail personnel, ensuite parce que j’avais besoin de comprendre comment articuler communication avec les autres espèces et écriture, mais aussi que faire réellement de cet « outil » que je développe depuis plusieurs années maintenant ?
Je me suis donc demandé ce que cela m’apporte, dans mon quotidien avec la tribu de poilus qui vit avec nous ; ce que cela permet, aussi, quand j’effectue une séance pour quelqu’un qui a des difficultés avec son cheval, son coq, son chien, etc., et ce que cela apporte au couple (ou à la famille, s’il s’agit d’accompagner un ami dans son dernier voyage). Bon, eh bien la bonne nouvelle est que la liste est énorme et toujours en évolution : fluidité dans la relation, meilleure compréhension et meilleure écoute de l’autre, remise en question, confiance, consentement, empathie, écoute, perception immédiate de problèmes physiques (pouvant entraîner des défenses et donc de « mauvais » comportements), empathie, meilleure appréhension et meilleure gestion des émotions, jeux, joie, amusement, développement de la communication interspécifique (si l’autre se sait écouté, il ose aller plus loin), faire tomber les barrières mentales, devenir une meilleure personne, etc.

Tout cela est long, et loin d’être évident.
Il est compliqué, dans notre éducation, dans nos conditionnements humains, d’apprendre à considérer l’autre comme une personne à part entière, avec sa vie et sa volonté propres, ses émotions, etc. Plus encore si cet.te autre est une femme, un.e ado, un.e enfant ou un individu d’une autre espèce. Il est aussi très compliqué, quand on s’ouvre à l’a communication intuitive, de ne pas se sentir submergé par une vague de culpabilité (mon dieu je suis un monstre les humain.e.s sont affreux, blablabla.) Trouver l’équilibre est un apprentissage.On apprend à considérer l’autre en tant qu’individu singulier, à demander son consentement ou du moins prendre le temps d’expliquer pourquoi là on ne peut pas faire autrement (ou de ne rien expliquer en cas d’urgence, mais l’autre va y accorder de la valeur) et on apprend aussi à mieux se connaître, à se respecter soi-même et donc poser des limites avec le monde.
La communication intuitive permet de développer empathie et bienveillance, humilité (communiquer n’est ni une science ni un don du ciel) et respect (de soi et des autres, mais ça vous l’avez compris). C’est un outil d’apprentissage qui ouvre une porte sur d’autres façons d’être au monde et… d’autres cultures **. Dans un article du Guardian*, le journaliste Adam Kirch écrit, à propos du film « My octopuss teacher » : « pour les modernes, qui ne croisent quasiment jamais d’animaux en dehors des chiens et des chats, établir un lien intime avec un esprit autre qu’humain peut avoir une dimension sacrée. » Il cite également une chercheuse américaine, spécialiste des araignées, : « Inutile de regarder du côté des autres planètes et des aliens… Nous avons les les animaux, tout proches, qui interprètent le monde d’une façon totalement différente de la nôtre. « Et le journaliste de conclure : « Peut-être que savoir que ces autres formes de pensées existent pourrait nous permettre d’être en paix avec les limitations que connaît la nôtre. » Pour reprendre les mots de Kirch, c’est cette dimension sacrée qui est intéressante ici, avec la communication intuitive : elle permet un contact intime avec un individu d’une autre espèce – et cela peut apporter beaucoup beaucoup de joie – tout en nous obligeant à reconnaître une réelle frontière. Frontière qui existe de toute façon (c’est ce que ce cher Guillaume d’Occam appelait les singularités non-communicables), et qui est encore plus marquée entre un humain et un chat – par exemple. Ou une pieuvre. Et qui est très saine. Je vous explique : il ne s’agit pas de dire « ça reste un cheval », « chacun sa place » ou « c’est de l’anthropomorphisme » qui sont 1/ des jugements 2/ de l’anthropocentrisme 3/des jugements et de l’anthropocentrisme. Il s’agit seulement de rendre à chacun sa singularité et son intégrité. Oui, il s’agit encore une fois de respect et d’écoute. Vous me voyez venir avec cette histoire d’apprentissage du vivre ensemble et du savoir être à partir de la communication intuitive interspécifique ?
Et, parce que c’est un milieu qui bouge (lentement mais sûrement), que je commence à le connaître un peu, je suis convaincue que l’apprentissage de la communication intuitive sous forme d’ateliers ou de modules parallèle à l’enseignement pratique pourrait apporter énormément à l’équitation. Bien sûr, cela pourrait être un chouia inconfortable,dans la mesure où cela peut remuer pas mal d’idées reçues et changer la manière d’aborder les équidés. On ne peut plus faire « comme si » (cf. ici). Mais en même temps, quel soulagement de mieux comprendre son partenaire! Et quel kif de pouvoir partager, d’une pensée « venue du coeur » tout le plaisir d’être ensemble ! (cf. autre article, là, sur la joie simplement). Alors, des stages »com » adaptés à tous, dans les structures équestres, ça vous tenterait ? ***

*lien vers l’article ici
**Par exemple, des études ont montré que selon l’histoire de leur espèce avec telle ou telle culture (sacrés dans les pays du nord, oiseaux de malheur en France, etc.) les corvidés se montraient plus ou moins craintifs envers les humains. Selon les lieux de vie et d’apprentissage également, les individus vont avoir des pratiques différentes. Chez nous, les chevaux sont encouragés à prendre des décisions par eux-même, à exprimer leurs besoins et à être aussi autonomes que le permet notre environnement. Un nouveau venu peut s’adapter très vite ou mettre un moment à trouver ses marques, dans un juste équilibre.
*** J’en entends hurler d’ici : « c’est une vraie responsabilité! » « si tout le monde s’y met, ça va devenir n’importe quoi! » » est-ce qu’on ne risque pas d’abuser des chevaux (encore plus) ? » C’est un risque. C’est vrai. En même temps, j’ai appris les maths à l’école, je ne suis pas devenue prof. J’ai suivi une formation en ergonomie équestre, je ne suis pas devenue saddle-fitteuse. Avoir une initiation au massage équin ne fait pas de moi une massothérapeute. Par contre, j’ai acquis plus de discernement dans le choix de mon matériel et j’arrive à détendre mes chevaux. ET SI QUELQUE CHOSE DÉCONNE JE LE VOIS PLUS VITE ET J APPELLE LE.A SPÉCIALISTE CONCERNÉE….